zaterdag 5 maart 2011

Alain Finkielkraut in "C Politique', op France 5, bij Nicolas Demorand

France 5
C POLITIQUE
(le dimanche à 17h40)
Nicolas Demorand

Finkielkraut had geen peilingen nodig over Marine Le Pen, om al in februari volgende analyse te maken:



Une bulle médiatique d’après vous?
Ah non, pas du tout.
Quelque chose de beaucoup plus grave?
Ah je pense que c’est beaucoup plus important. Elle est, et je pense qu’elle restera le troisième homme de l’élection. Marine Le Pen va marginaliser les candidatures centristes, et peut-être aussi la candidature écologique, ça se jouera à trois, je pense que c’est très sérieux, et c’est en effet très grave parce que si Gianfranco Fini en Italie a rompu, mais explicitement, avec le fascisme, et est devenu un homme politique fréquentable, voir un bon ministre des affaires étrangères, Marine le Pen a dit récemment qu’elle assumait la totalité de l’héritage du Front National. Voilà pourquoi, oui, elle doit être combattue, et combattue durement.
Elle est le centre de gravité de la vie politique aujourd’hui, dans sa capacité à imposer des thèmes, des débats?
Oui mais, parce que ces thèmes sont là… et c’est ça que j’ai essayé de vous dire tout à l’heure, si vous voulez, sur la philosophie officielle, qui ne nous laisse pas libre de voir ce que nous voyons. Elle voit ce que nous voyons, et elle le dit, et surtout on lui abandonne le peuple ou une partie du peuple. Il y a toute une France, péri-urbaine, industrielle, rurale, dont la majorité des journalistes et des hommes politiques se désintéressent. Comme si la France était composée simplement de bobos, bien retranchés dans leurs immeubles sécurisés, et qui font la leçon à tout le monde, et de jeunes de banlieue. Non, il y a aussi ces gens, qui souffrent, qui prennent en pleine figure des plans sociaux, qui ne brûlent rien. Et tout d’un coup, Marine Le Pen prend en compte leurs souffrances.
J’ai apporté ici un livre d’un géographe, Christophe Guilly, «Fractures françaises», qui n’a rien d’un homme d’extrême-droite, et il a cette phrase terrible: «La gauche est forte là où le peuple est faible». Il faudrait que la gauche soit forte là où le peuple est fort. Il faudrait justement qu’elle prenne acte de cette réalité, et moi j’ai entendu par exemple aussi un leader socialiste, quand on lui expliquait, on lui parlait d’un rapport, qui a été remis au ministre, au premier ministre, il y a quelques semaines, un rapport du Haut Conseil à l’Intégration, sur les difficultés d’intégration à l’école. Sur l’impossibilité d’aborder un certain nombre de sujets, dès l’école primaire, notamment le passé chrétien de la France, mais aussi la Shoa, le conflit Israélo-palestinien, les Croisades, la décolonisation, certaines œuvres jugées trop scabreuses, et j’en passe. Le leader socialiste, en l’occurrence c’était Pierre Moscovici, a dit: «Oui, ça existe mais ce n’est pas capital. Ce qui est capital c’est le chômage …c’est ceci, c’est cela.»
Non! C’est absolument capital, et je regrette, et je souffre infiniment du fait que Marine Le Pen soit seule à le dire. Elle n’a… la défense de la laïcité s’impose. Il ne faut pas le lui abandonner.
Le débat sur la laïcité organisé par l’UMP, et voulu très certainement par Nicolas Sarkozy, est-ce que ça, c’est une bonne mesure, un bon dispositif?
Non.
Pourquoi?
Assez des débats! Des initiatives, des mesures. Mais ne croyez, pas par exemple, que Marine Le Pen ait tiré bénéfice du débat sur l’identité nationale. Elle a tiré bénéfice …
Il semblerait.
…de la diabolisation de ce débat. Il y a en France une véritable crise identitaire. Nous sommes dans un pays où l’accusation de sale français, de sale sefran*, de colon &c. fait florès. Beaucoup de français le ressentent, et tout d’un coup on leur dit que l’identité nationale est en tant que telle malfamée. On leur dit que l’identité française doit consister simplement à s’ouvrir à d’autres identités.
Les critiques portaient surtout sur la façon…
Non
…dont le débat a été organisé, en préfecture, sur ce qu’il a pu remuer, moins sur le concept en lui-même d’identité nationale…
Moi je me souviens, je me souviens…
…donc la façon politique de s’en servir.
Écoutez, ce n’est pas tout-à-fait juste. Je me souviens d’une pétition si vous voulez, diffusée par le site Mediapart, signée par 45000 personnes…
«Nous ne débattrons pas»
«Nous ne débattrons pas», exactement, nous ne débattrons pas parce que l’identité est un concept d’extrême-droite. C’est la droite maréchaliste, qui est aujourd’hui à nouveau au pouvoir, disaient-ils, alors même que le Président de la République et le Premier Ministre faisaient référence explicitement à Marc Bloch au Général De Gaulle &c. et à d’autres figures incontestables comme Michelet. Donc, non, c’était: pas d’identité. Et d’ailleurs, on a vu, si vous voulez le débat se transposer, et de manière alors là absolument ridicule, à la question…
Vous pensez que c’était donc un bon débat?
Non, il faut pas de débats. On ne demande pas aux hommes politiques de débattre. On dit, s’il y a une crise, résolvez-la. S’il y a des problèmes dans l’enseignement, faites en sorte que ces problèmes n’existent plus. Montrez de la rigueur, montrez de l’exigence. Mais, souvenez-vous, là il y a un débat qui n’aurait pas dû être et qui n’est certainement pas la faute du gouvernement, c’est le débat sur la "Maison de l’Histoire de France". On disait, on a dit d’abord Musée, mais on a dit Maison, pour que ça soit plus convivial &c. et un historien, Vincent Duclert, a dit: "Non, il ne faut pas une maison d’Histoire de France, mais une maison d’Histoire en France."
En France! La France n’est pas un contenu, la France est un contenant. On se dit –c’est la leçon qu’on croit avoir tiré de la deuxième guerre mondiale– il ne faut plus de ségrégation, plus de discrimination, plus d’exclusion. Si vous êtes quelque chose, vous excluez quelqu’un. Ne soyons plus rien de substantiel, et ouvrons nous à tous. Voilà si vous voulez, une idéologie en vogue, elle est catastrophique et elle fait évidemment le jeu du Front National. Il ne faut pas que l’identité nationale trouve refuge au Front National.
Est-ce qu’il y a un problème en France avec l’islam et la laïcité?
Il y a un problème en Europe. Il y a un problème, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Angleterre et en France, d’où la dénonciation simultanée du multiculturalisme. Et ce que je reprocherais au président Sarkozy, si vous voulez, c’est sa discontinuité. Je veux bien qu’il soit pragmatique, mais ce qui me gêne, si vous voulez, c’est qu’il soit en proie à des sincérités successives. Il est l’homme qui a voulu introduire la diversité dans la Constitution: Liberté, Égalité, Fraternité, Diversité. Il a nommé une commission, présidée par Simone Weil, qui a su, fort heureusement enterrer le projet. Et voilà maintenant qu’il part bille en tête contre le multiculturalisme. Un peu de continuité n’aurait pas nui. Mais en effet, il y a aujourd’hui de véritables difficultés d’intégration, qui ne doivent pas nous conduire à dénoncer l’islam comme tel, bien sûr que non, mais à fixer clairement les règles du jeu.
Elles ne sont pas fixées aujourd’hui?
Bien, écoutez, en tous cas…
Où, quoi?
…et bien je vais vous donner, d’abord il y a des négociations permanentes pour l’enseignement, je vous ai donné des exemples, sur la viande à la cantine aussi, et puis moi je suis allé..
Mais quel est le problème, arrêtons-nous! de la viande à la cantine?
Eh bien écoutez…
Quel EST le problème?
Pourquoi
Juste au temps, on mangeait du poisson le vendredi à la cantine, bon
Eh bien, eh bien oui
Et bien voilà, et donc c’est la catho-laïcité que vous aimez, c’est pas la laïcité.
Ce que j’aime, ce que j’aime, c’est que la France ne soit pas simplement une société mais une vieille nation, et que précisément elle assume son propre héritage. Elle n’est un pays catholique mais elle est un pays qui a été catholique, et cette réalité doit s’imposer à tous les nouveaux arrivants. Bien sûr. D’autre part vous dites: quel est le problème? Moi je sais que la laïcité, vis-à-vis justement du catholicisme ostentatoire était autrefois et naguère encore, extrêmement rigoureuse, extrêmement sévère. Et j’étais l’autre jour, pour une émission dans l’école de mon enfance, et je vois un tableau, dans le haut-là, une grande carte affichée, une carte du monde, avec des photos d’élèves sur des pays africains et du Maghreb. Et la légende était: «Je suis fier de venir de…» Quel est le problème dites-vous? Il y a un problème en effet quand l’origine n’a droit de cité que lorsqu’elle est étrangère, et quand toutes les identités sont bienvenues, sexuelles, religieuses, ethniques, sauf l’identité nationale, si vous voulez. La France, voilà ce que je pense profondément, n’est pas une auberge espagnole. Voilà. Elle ne doit l'être pour personne.
Mais peut-être que la République aujourd’hui ne parvient plus à transformer les gens du monde entier qui arrivent sur son territoire, en ce que vous venez de décrire, à savoir des citoyens français. Peut-être qu’il y a aussi un travail d’examen, voir d’autocritique à faire…
Absolument.
…sur l’intégration.
La République n’y parvient plus, l’école n’y parvient plus, mais parce qu’elle a choisi d’autres… elle s’est fondée sur d’autres principes, et il est vrai aussi que la situation est de plus en plus difficile, en raison même de cette sorte de substitution démographique, dont je parlais tout à l’heure. Si aujourd’hui, dans les villes d’Île de France, vous avez soixante-dix pourcent des jeunes qui sont d’origine sub-saharienne ou magrébine, l’intégration ne peut pas se faire, mais il est clair que les autochtones s’en vont. Ils ne s’en vont pas parce qu’il sont racistes, il s’en vont en raison de la violence et de l’insécurité. Ce qui s’est passé à Pierrefitte** récemment est quand même extrêmement révélateur. Il faut que la gauche l’inscrive sur son agenda. Des médecins qui doivent quitter cette ville, ces quartiers populaires comme on dit quand on ne veut pas regarder les choses en face, et ça, c’est une situation absolument, absolument terrible.
Les gens qui vivent dans les ghettos ne sont pas responsables du fait d’y vivre, Alain Finkielkraut.
Non, les gens qui vivent dans ces quartiers ne sont pas responsables…
Non, mais on peut appeler ça ghettos. On pensait que c’était réservé aux Etats-Unis, les ghettos. On sait qu’il y en a aussi en France.
Il y en a en France parce que, je vous l’ai dit, les autochtones et les enfants d’immigrés, si vous voulez en situation un tout petit peu plus favorable, s’en vont. Ils s’en vont précisément parce que, ils veulent échapper à la délinquance, à la violence, à l’insécurité, aux caillassages des autobus &c.
L’urgence politique,
C’est donc ça la situation…
…l’urgence politique, c’est de s’occuper de ceux qui partent ou de ceux qui restent, Alain Finkielkraut?
Le rôle des politiques, c’est de s’occuper des uns et des autres, et c’est d’appeler les choses par leur Nom. Je trouve que, si vous voulez, ce déni de réalité qui sévit aujourd’hui, est absolument catastrophique, et si ça continue, oui, Marine Le Pen risque fort, non seulement d’être le troisième homme, mais un jour ou l’autre d’arriver au pouvoir.
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.*  codetaal (le Verlan), in gebruik bij subgroepen; de fonetische lettergrepen worden in omgekeerde volgorde gezegd, bv. “l’envers” wordt “verlan”.
.** Seine-Saint-Denis, Parijs.


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